« Même quand on est grande, on aime encore parfois les histoires. Moi, j’aime bien raconter des histoires, vraies ou inventées, peu importe en fait. Qui peuvent t’arriver à toi, ou à ta fille, à ta mère, à ta sœur, à ton amie. Je te propose de partager ici ces petits moments du quotidien des femmes, qui font sourire. Ou pas. » Cécile Delacroix

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Le premier livre de Cecile Delacroix est paru!
Les billets publiés sur ce blog vous ont plu? Vous pouvez désormais découvrir le drôle de monde de Cécile dans « Ça va être ta fete », editions Le texte vivant. Sous la forme d’un éphéméride qui révèle les moments de vie de femmes, presque comme vous et moi, ce livre est à la fois cinglant, grave et heureusement, follement amusant.

La recette du bonheur

Entraînée par une amie, j’ai assisté, le mois dernier, à un rassemblement féminin. Pas un congrès féministe militant, non non. Juste une sorte de salon pro-filles, avec des stands dédiés à la cause.

Curieusement, lesdits stands s’organisaient en gros autour de deux thématiques dont tu noteras le côté novateur, limite révolutionnaire : le bloc coiffure-maquillage-manucure-yoga, d’une part, où des gourdasses étaient prêtes à faire la queue une heure pour un brushing sans shampoing bâclé mais gratuit ; et le groupe robots ménagers-surgelés-cuisine sous vide, d’autre part, que si t’achetais là tout de suite ta centrifugeuse à 200 boules, on te faisait 15 %.

Heureusement, se tenait aussi toute une série de conférences, mettant en vedette des femmes d’exception. L’une d’elle notamment, très enthousiaste, venue nous enseigner la recette du bonheur. Je te la fais courte mais son idée, c’est de repérer les petites joies qui t’arrivent sans même que tu les remarques. À trois kiffs quotidiens, c’est sûr, tu peux te classifier heureuse.

Ça m’a bien plu son truc. Et comme je sais que je suis heureuse, j’ai acheté un gros carnet bleu à spirale pour y inscrire, jour par jour, les fameux trois kiffs que je traque depuis une semaine avec application.

Depuis une semaine, je ne parviens pas au compte.

Quand il m’arrive quelque chose de positif, de gentil ou de drôle, je m’empresse de l’enregistrer. Même un micro-kiff anodin comme le sourire d’un passant ou le fait de trouver à se garer devant la porte de l’immeuble un soir de pluie. Mais comme je suis en hyper vigilance, je constate aussi la survenance d’un nombre considérable d’événements déplaisants que je n’aurais même pas identifiés en temps normal. Du coup, je me demande si un dé-kiff annule un kiff. Parce que si tel est le cas, je suis carrément en négatif et ça commence à m’inquiéter sérieusement.

Depuis qu’on m’a donné la recette du bonheur, je ne me suis jamais sentie aussi misérable. Ce soir, je jette mon carnet.

Ménage de printemps

J’ai dit : « il faut absolument ranger la cave, on doit libérer la place nécessaire pour entreposer tes meubles la semaine prochaine ».

Il a poussé un gros soupir. « Vraiment ? »

« Oui, vraiment », j’ai dit. « Et je ne veux pas m’en occuper, j’en ai marre de me payer toutes les corvées dans cette maison ».

Il a soupiré à nouveau, en levant les yeux au ciel. « Cet après-midi ? Là ? Tout de suite ? »

« Oui, tout de suite », j’ai dit. « Sinon, je te connais, tu vas t’évaporer et tu ne reviendras qu’après que j’aurai tout fini ».

Il a soupiré pour la troisième fois, il s’est levé avec un air de victime, il a pris les clés de la cave dans la corbeille de l’entrée et il est descendu d’un pas pesant, en faisant craquer exprès les marches de l’escalier.

Au bout de deux minutes à peine, mon portable a sonné. « Maman, tu peux venir juste un instant pour me dire ce qu’on peut jeter et ce qu’il faut garder ? Je ne veux pas faire de bêtise ».Cette fois, c’est moi qui ai soupiré. « J’arrive ». Et je suis descendue à mon tour.

Il a demandé : « ces chaises cassées, là, on les jette ? Elles sont moches en plus ». J’ai dit : « bah non, elles sont pas cassées, faut juste les recoller, ça peut toujours rendre service. Donne, je vais les aligner contre le mur ».

Il a demandé : « et tous ces vieux jouets, j’en fais quoi ? On va pas les garder, ça sert à rien ». J’ai dit : « ah non ! C’était à toi et à ta sœur quand vous étiez petits. Ça vous fera plaisir de les retrouver un jour. Donne, je vais les trier ».

Il a demandé : « et tous ces cartons de livres que personne ne lit ? On pourrait les jeter quand même ». J’ai dit : « mais t’es pas fou ? On ne jette jamais les livres, c’est péché. Laisse, je vais regarder ».

J’ai ouvert les cartons un par un, retrouvant des objets oubliés, des romans que j’avais aimés, des photos que je croyais perdues.

Sur la pointe des pieds, il a quitté la cave en douce.

Je n’ai même pas remarqué son départ.

 

Des compromis pour un con promu

Pour des raisons obscures et médiocres que je ne te raconterai pas, sauf si tu insistes, il a été nommé directeur de service. La nouvelle a laissé sans voix l’ensemble du personnel de l’immeuble. Mais pourquoi ? Pourquoi ce con ?

On lui avait promis, parait-il.

Oui, mais à nouveau, je te le demande, pourquoi ? Il est quand même très con. Et même pas pro.

La seule qui a trouvé que cette promotion était une bonne idée, c’est la fille de la comptabilité, deuxième étage, bureau C209. Mais elle est elle-même particulièrement stupide. Et, accessoirement, la femme du con. Ceci explique cela, tu me diras. Je te rassure, ils n’ont pas d’enfant.

Quand tu es obligée de travailler sous les ordres d’un con, il faut faire des compromis. Sans arrêt. Des compromis avec ta conscience, avec ta franchise, avec ton bon sens. Lorsqu’il dit quelque chose de sot, et crois-moi c’est fréquent, tu fais des efforts démesurés pour effacer l’ironie dans tes yeux, le sourire moqueur sur tes lèvres, le haussement las de mépris de tes épaules.

Je sens que tu doutes, que tu veux un exemple, une illustration, une preuve. On ne peut pas être directeur dans une grosse entreprise du CAC 40 quand on est con, quand même ?

Si. On peut. Je te raconte.

Cette semaine, au cours de la réunion hebdomadaire de service qu’il nous inflige et où l’on va en traînant les pieds, il nous annonce une grande nouvelle. Enfin, grande, tu vas juger. Voilà que le service communication souhaite exfiltrer l’un de ses assistants parce qu’il boit. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Et face aux journalistes, ça se voit et ça cancane. Mais comme il élève seul ses deux enfants, la hiérarchie veut bien lui donner discrètement une seconde chance. « Qui est prêt à l’accueillir ? » a-t-elle demandé alentours.

Je te le donne en mille. Mon con, évidemment. « Moi, moi, moi » il a crié, pour se faire bien voir du directeur général. Donc il nous annonce officiellement l’arrivée du poivrot.

Et tu te dis qu’effectivement, c’est astucieux et discret, comme second départ, de claironner publiquement les motifs de la mutation dudit. Puis il nous regarde tous d’un air sévère et nous prévient : il sera très vigilant pour éviter la contagion alcoolique, toujours possible, au sein de l’équipe. Coups d’œil atterrés dans notre groupe de présumés picoleurs mais personne ne dit rien. Le compromis, toujours.

Alors pour détendre l’atmosphère, le con ajoute, réjoui : « et pour fêter son arrivée, j’organise un petit pot, demain 17 heures. J’apporterai le champagne ! »

Les dix plaies d’Égypte

Jusqu’à ce matin, j’habitais un appartement douillet, souvent rangé et plutôt confortable. Je me suis levée, j’ai pris une douche et j’ai fait un truc insensé : je suis allé chercher un pull dans mon placard, juste comme ça, pour m’habiller. Ça n’était pas une bonne idée. En fouillant distraitement dans la pile de mes vêtements, j’ai senti du mouillé. Du vraiment très mouillé. En touchant plus avant, j’ai dû me résoudre à l’évidence : tout était trempé. Les sacs, les ceintures, les piles de tee-shirts soigneusement repassés et rangés.

Je suis montée comme une torpille à l’appartement de dessus, où l’on fait des travaux pharaoniques depuis plus de six mois, et j’ai tambouriné à la porte avec les deux poings. En fait, j’y cogne en moyenne chaque quinzaine pour me plaindre de nouveaux dégâts : des éboulements de pierres dans les conduits de cheminée, des écoulements de ciment le long des tuyaux de chauffage, des fissures au plafond, que sais-je encore ?

C’est Rhédi, le chef de chantier, qui m’ouvre. À force, on se connaît bien maintenant : on se tutoie, on s’appelle par nos prénoms. Quand on se croise dans l’immeuble ou dans l’ascenseur, il me raconte l’Égypte et je lui parle de l’Algérie. Et quand je monte pour me plaindre, en général, je commence par crier, il me dit : « t’énerve pas madame Cécile, c’est la vie, c’est pas grave, inch’Allah » et je réponds : « choukrane pas beaucoup, Rhédi, c’est quoi encore ce bordel ? »

Bref, ce matin quand je débarque, je ne lui laisse pas le temps de me dire salam. Je l’attrape par la main et je le traîne jusqu’à chez moi pour constater l’apocalypse. Il est fort, Rhédi, il prend un air très étonné. « Ça alors ! De l’eau ? C’est vraiment bizarre, d’où ça vient ? » Oui, c’est sûr, de l’eau qui coule sous la cuisine que les voisins ont fait déplacer au-dessus de ma chambre, c’est vraiment très surprenant.

Comme je suis furieuse, il grimpe sur l’escabeau pour m’aider à débarrasser toutes les étagères du placard. Tout en haut, j’y ai rangé les cartons qui contiennent les souvenirs auxquels je tiens et que j’ai préféré ne pas descendre à la cave pour mieux les préserver. Il y a les lettres que ma mère m’a écrites dans les dernières années de sa vie, des photos de mes enfants, mon album de mariage, des vieux papiers de famille et toutes ces choses qu’on ne regarde jamais mais qu’on aime savoir là.

Quand Rhédi tire les boîtes pour me les passer, le carton détrempé se déchire et tout le contenu se répand par terre, gondolé, aggloméré, décoloré. L’encre des lettres a coulé comme des larmes. J’éclate en sanglots. Rhédi est bien embêté. Il me prend dans ses bras pour me tapoter le dos en réconfort, et c’est gentil mais pas très agréable parce qu’il sent la transpiration. J’explique, en hoquetant, les raisons de mon gros chagrin, ma maman qui est morte et tout le reste. Il me dit très sérieusement : « c’est pas grave, madame Cécile, c’est un message de ta mère pour te dire bonjour et que tu penses à elle ».

Tu te foutrais pas légèrement de moi, Rhédi ?

 

Une nouvelle année…

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L’année qui s’achève nous a tous surpris par la brutalité, la cruauté, l’injustice des évènements qui ont frappé.

En réaction, nous avons pu convenir de la futilité de nos préoccupations et de la vanité de nos désirs.

La barbarie s’est invitée dans nos vies et soudain, nous avons du redéfinir des priorités plus fondamentales que l’argent, la notoriété ou l’influence…

 

Aussi nos vœux de fin d’année auront-ils été empreints de cette nouvelle prise de conscience : moins ambitieux, plus simples mais aussi plus proches de l’essence même de la vie.

Recommencer à apprécier le temps présent : l’arome du café un matin en terrasse, en feuilletant le journal, le rayon de soleil à travers les branches, la sortie d’école, le verre de vin partagé ;

Recommencer à nous projeter : un voyage pour découvrir les autres (et apprendre à les aimer), le challenge d’une vie à deux, sans cynisme ni défiance, un enfant à naitre que l’on éduquera chaque jour à la tolérance et à l’acceptation de l’autre.

En 2016, recommençons aussi à nous aimer nous-mêmes : à aspirer au beau et au bien dans notre conduite quotidienne sans oublier d’être indulgent quand tout n’est pas parfait, à ne plus s’infliger de relations conflictuelles et stériles et à ne pas lutter pour des sujets dénués d’enjeu.

Et recommençons à rêver, rêver et laisser nos imaginations voguer, délirer, dérailler, parce que de ces rêves naissent généralement le futur le plus doux, le plus désirable.

En 2016, rêvons et laissons nos rêves devenir réalité…

Le train éléctrique

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J’ai retrouvé l’autre jour en rangeant mon bureau, au fond d‘un tiroir, une petite photo carrée, aux couleurs passées. On y voit sur le tapis du salon de mon enfance, les rails rouges d’un petit train électrique, mon père agenouillé, en train de placer la locomotive et moi, à quelques jours de mon quatrième anniversaire, un sourire radieux comme on en a à « presque quatre ans », regardant l’objectif de ma mère. Je me souviens du petit pyjama et surtout de la robe-de-chambre-de–princesse offerte par ma grand-mère. Tout, tout, même les chaussons roses à peine enfilés, me replonge dans cette époque au bonheur fragile.

Les vacances de Noel étaient alors les plus belles, plus attendues encore que les grandes vacances, parce que la magie s’invitait, que l’air était subtilement électrique, que les gâteaux étaient plus gros, que la maison se faisait belle et maman aussi et que mon père semblait joyeux en choisissant le meilleur vin. Cette période n’a pas duré très longtemps. J’ai compris rapidement que la fête ne pouvait pas transformer le quotidien et que les blessures étaient trop profondes pour être cachées, même quelques heures, par les guirlandes électriques. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi je ne ressentais plus cette excitation à l’idée de la maison décorée, des cadeaux sous le sapin et de la jolie table. Je l’ai cherchée encore quelques années, mais il fallait bien s’y résoudre : Noel m’avait désertée.

J’ai grandi, j’ai eu des enfants, je continuais à passer Noel avec mes parents ; l’émerveillement des petits ré-enchantait les matins du 25 décembre. Et je faisais de mon mieux, sachant que le paradis était perdu pour moi, et bientôt pour eux.

Aujourd’hui, que mes parents ne sont plus là, que les enfants aussi s’en vont, une chose curieuse se produit. La « magie », je n’y crois plus, mais la bienveillance vient. Je sais que les Noël s’égrainent et qu’un jour ce sera le dernier, pour l’un, pour l’autre, puis que ce sera mon tour. Que lutter, ne sert à rien et que lâcher prise est surement la solution. Alors après-demain, je m’entourerai de ceux que j’aime et qui m’aiment, je ferai une jolie table et malgré toute la distance qui nous sépare, je donnerai la main à la petite fille agenouillée sur le tapis du salon, éperdument heureuse de son Noel et du train électrique offert par son papa.

Anna

Un nœud à ton mouchoir

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J’héberge des lutins. D’horribles lutins malicieux qui ne me veulent pas du bien. Ils sont si petits et si rapides que je n’ai jamais réussi à les voir. Et pourtant, ils sont là. Je le sais, je le sens. Et ils sont plusieurs. Au moins trois. Peut-être davantage. Ils s’amusent à déplacer, derrière mon dos, les objets que je range soigneusement et que je ne retrouve jamais. Mes clés. Mes lunettes. Mon portable. Tous les jours. Souvent plusieurs fois par jour.

Pour survivre à leurs malveillances, j’ai dû échafauder des techniques de parades.

Pour mes clés, j’ai acheté un porte-clés qui bipe quand on siffle fort. Depuis, je siffle. Je siffle dans toutes les pièces, une par une, chaque matin, en partant au travail. Et, tôt ou tard, je retrouve mes clés. Dans le casier à beurre du frigidaire. Dans la poubelle, avec les épluchures de carottes pour la soupe. Dans la poche de mon peignoir de bain tombé à côté de la douche. Au fond de mes bottines d’hier, dans le placard de l’entrée. Quand j’ai les lèvres gercées, je souffre le martyr. Un jour, j’ai demandé au facteur, venu apporter un recommandé, de siffler à ma place. Depuis, il ne sonne plus chez moi et laisse l’avis de passage dans la boîte aux lettres.

Pour mes lunettes, j’ai renoncé à lutter parce que, sans mes lunettes, je n’ai aucune chance de les trouver. J’ai gardé, dans un tiroir, toutes les vieilles paires remontant à mes dix-huit ans, qui ne sont plus adaptées à ma vue d’aujourd’hui mais qui me permettront au moins de conduire sans trop de risques pour les autres. Quand le lutin des lunettes est parvenu à dissimuler toutes mes paires de secours, il me reste toujours mes lunettes de soleil correctrices. Je dois alors assumer le ridicule de devoir les porter la nuit, ou l’hiver, ou sous la pluie, ou même au cinéma pour pouvoir lire les sous-titres. Les voisins, les commerçants, mes collègues de bureau me jugent sans doute bêcheuse de me balader ainsi, comme une star en recherche d’anonymat mais qui rêve d’être reconnue. Je ne peux pas leur parler des lutins, j’ai trop honte, je préfère qu’ils me trouvent snob.

Le lutin du portable est le plus redoutable. À mon avis, c’est le chef de la bande. Il est doté de pouvoirs démoniaques contre lesquels je suis démunie. Il peut perturber l’équilibre spatio-temporel et téléporter mon téléphone, pourtant rangé dans mon sac, j’en suis sûre, sur le siège passager de ma voiture garée au diable. Ou bien sur la table du restaurant où je déjeunais ce midi et où je suis certaine de ne pas l’avoir oublié. Ou encore au guichet du bureau de poste où je dois aller chercher mes recommandés depuis que le facteur m’évite.

Pour corser l’affaire, le lutin peut aussi créer des zones hors réseau autour moi ou vider, en un clin d’œil, ma batterie, pourtant chargée à bloc. Ainsi, si je demande à mon fils de m’appeler pour que la sonnerie me guide jusqu’à l’appareil, il tombe directement et en silence sur le répondeur, auquel il laisse des messages insolents.

Il est fort, ce lutin.

Pour la fête des mères, mes enfants m’ont offert un cordon à vieux, à pendre autour de mon cou. Il a deux boucles en plastique pour y glisser les branches de mes lunettes, un mousqueton pour y accrocher mes clés et une petite pochette pour y loger mon portable. Dès le lendemain, un nouveau lutin a emménagé chez moi. Le lutin du cordon à vieux. Et j’ai tout perdu d’un coup.

 

Noel, entre les grenouilles, le chat et la souris.

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À moins de 4 semaines de Noel, la délicate question des cadeaux se pose : quoi ? Pour qui ? Où ? Comment ? Moi, j’ai quatre alliés : mes deux grenouilles, le chat et une souris.

Les deux grenouilles sont celles de ma tasse de thé : j’assume le ridicule, j’ai craqué il y a longtemps pour ce service vert épinard, en forme de feuille de nénuphar (ou de chou?) trouvé en solde au fin fond d’une boutique poussiéreuse. J’ai tout acheté : les soucoupes, les tasses bien sur, le pot à lait et le sucrier. Tollé à la maison : c’était moche. Ce n’est pas faux. Mais pas complètement vrai non plus. Il y a des objets comme ça, dont on ne sera jamais sûr.

Le chat bien sur, c’est ma bouillotte et fin novembre, il me faut bien ça. Un Main Coon de 12 kilos sur les pieds doit bien servir à quelque chose.

La souris, elle, ne réveillera pas les bas instincts du chat sus-cité, elle me permettra juste de naviguer de sites en sites et de trouver des cadeaux originaux et bien choisis. Et comme je commence à y penser maintenant, pour une fois, je devrais être au point le 25 Décembre…

www.anna-and-co.com propose des écharpes Made in France, toutes douces, de toutes les couleurs, pour vous, pour votre fille, votre mère ou votre homme. Ou pour tous en même temps, puisqu’on peut les boutonner entre elles et les échanger avec ceux qu’on aime.

Quelle meilleure façon de dire sa tendresse un matin de Noel ?

Langues étrangères

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Voilà deux ans, j’ai décidé de booster mon CV – c’est l’argument officiel, en réalité, objectif : faire mon intéressante – et d’apprendre le russe. C’était ma seconde langue au lycée autrefois et je n’ai tellement pas travaillé à l’époque qu’il ne m’en reste rien, ou presque. Quelques mots épars du quotidien et la lecture, pas toujours fluide, de l’alphabet cyrillique.

Bref, je trouve un cours proche de chez moi. On me prend au niveau « faux débutant », c’est rigolo comme expression. Deux heures par semaine le jeudi soir, après le travail. En plus, c’est ma boite qui paie au titre de la formation continue, ça m’arrange.

Au premier cours, on est sept. Six filles et un gros rougeaud plutôt sympathique mais qui postillonne quand il parle. Il est à côté de moi. La bonne surprise, c’est le prof. Sibérien. La petite trentaine. Ravissant. De face, de dos et de profil. Je le photographie en douce sur mon portable sous tous les angles tellement il est joli. Gay. Résolument.

On travaille dur. C’est une langue épouvantable. Il y a du masculin, du féminin et du neutre mais tu peux pas deviner à l’avance qui est quoi à cause des pièges. Le chien, c’est féminin. La table, c’est masculin. Et la fenêtre, c’est neutre. Tout se décline, avec des déclinaisons qui ne correspondent pas à celles du latin : les noms, même les noms propres des gens ou des villes, les adjectifs, les pronoms, les chiffres, l’heure…

Et je te parle pas des verbes. Ils vont tous par deux, pour dire la même chose. Mais si tu veux parler d’une action répétitive que tu fais tous les jours, ou qui est en cours, tu vas pas utiliser le même verbe que si tu veux insister sur l’achèvement de l’action. Je te prends un exemple. Tu veux dire que hier soir, chez toi tranquille, tu as lu un livre. C’est banal. Pour le dire correctement en russe, tu vas devoir réfléchir un bon quart d’heure. Tu l’as fini ou pas, ton bouquin ? Tu lis régulièrement ou c’était exceptionnel ? Le temps que tu trouves, la conversation a changé de sujet.

Je glisse sur les cinquante-deux verbes qui veulent tous dire « aller ». Selon que tu es à pied ou en moyen de transport. Sauf si c’est en avion, parce qu’il y a un verbe spécial. En bateau aussi, je crois. Selon que tu y vas tous les jours ou pas. Que tu te promènes en musardant ou que tu files direct. Que tu pars avec l’idée de revenir ou de fuir pour toujours. Que tu es déjà revenue, que tu n’es pas encore partie, que tu sors, que tu arrives, que tu traverses, que tu t’approches, que tu t’éloignes, que tu rejoins un ami, que tu marches difficilement, que tu portes quelque chose de lourd. Et bien sûr, tout cela se combine. Je n’y arriverai jamais. Il me semble que ces subtilités me font mieux comprendre les tourments de l’âme slave.

Au milieu du gué, le rougeaud abandonne le navire parce que c’est trop dur. Il existe sûrement un terme dédié en russe pour le dire. Il est remplacé au cours suivant par un vieux tout petit, tout maigre, tout fragile. Pour te dire, il ressemble à mon grand-père quand il est mort. Comme je suis arrivée en retard, j’ai raté le tour de table de présentation. Le prof me résume les épisodes précédents. En russe, mais je te le fais en français pour éviter les sous-titres. Le pépé s’appelle Jean-Pierre, il a quatre filles, et devine l’âge de sa benjamine ? Moi, je pense soixante ans, au bas mot, mais pour être polie, je réponds quinze. Non, non, elle a quarante-deux ans. Oh oui, c’est fascinant.

Je me présente à mon tour, vite fait. Mon prénom, mon métier, mes trois moutards étudiants. Le petit vieux lève la main comme à l’école, pour me poser une question. En russe.

Da, Jean-Pierre ?

Tu as des petits-enfants ? il me demande.

C’est comme ça que j’ai appris un nouveau mot.

Groubi.

Ca veut dire malpoli.

 

 

La fête des voisins

L’autre jour, au bureau, j’ai reçu un appel masqué sur mon portable. En général, je ne réponds jamais dans ce cas, mais là, je ne sais pas pourquoi, j’ai pris machinalement la communication. Une voix d’homme m’a dit : « bonjour madame, c’est le centre de surveillance. Je vous informe que votre porte a été forcée et que l’alarme s’est déclenchée à 14h08 ». Comme on était le 1er avril, j’ai répondu : « elle est très marrante ta blague, Henri, mais j’ai du boulot ». Le type n’a pas ri, il a dit : « ce n’est pas Henri et vous devriez vraiment retourner chez vous, la police est déjà sur place ».

J’ai tout lâché, je suis rentrée. Et c’était vrai. En arrivant, j’ai trouvé un grand vigile de la compagnie de sécurité dans l’escalier, trois inspecteurs en civil à l’intérieur et une sirène hurlante qui s’entendait depuis la rue.

C’est mon premier cambriolage, il faut bien y passer un jour. Et encore, je m’en sors plutôt bien : l’alarme les a mis en fuite, ils n’ont pas eu le temps de tout cochonner et ils ont juste piqué les quelques trucs vaguement de valeur qui traînaient dans l’entrée. J’avais qu’à ranger mes affaires.

En revanche, je ne sais pas si je dois me sentir flattée mais ils se sont donné un mal de chien pour entrer chez moi. Il y a huit traces d’effraction réparties le long du vantail et, si la porte a bien résisté à la pesée, c’est le mur autour qui a lâché. Laissant des tas de gravats par terre, des blocs de pierre gros comme le poing, des débris de baguettes de bois, du plâtre, des longs clous tordus et des bouts de ferraille.

J’ai eu de la visite tout l’après-midi qui s’en est suivi. La police, trois fois : pour les premières constatations, puis pour l’enquête de voisinage, enfin pour les relevés d’empreintes par la brigade scientifique. Le serrurier, dépêché par ma compagnie d’assurance pour me bricoler, en catastrophe, une pseudo sécurisation des lieux, faite en gros avec des punaises et du scotch double-face. Et surtout, surtout, mes voisins.

Tous mes voisins. Un défilé ininterrompu de voisins.

Qui étaient chez eux mais n’ont rien entendu, c’est trop dommage, ils seraient intervenus sinon, bien sûr. Ni la chute des débris, qu’ils ont à peine remarquée, le bruit de papiers tombant au sol tout au plus. Ni l’alarme à décibels, qu’ils ont prise pour celle de l’ascenseur, que c’est bête.

Les mêmes qui me reprochent d’avoir joué du piano tout l’après-midi, alors que j’étais en mission à l’étranger ce jour-là.

Les mêmes qui viennent se plaindre, le lendemain des rares dîners que je donne, parce que je n’ai pas obligé mes invités à enlever leurs chaussures, lesquelles ont résonné horriblement sur le parquet quand ils sont enfin partis.

Les mêmes qui sonnent, furieux, en pyjama, à 20 heures, pour m’accuser d’utiliser une perceuse en peine nuit alors que je suis en train de mixer la soupe des enfants.

Et une mention spéciale pour la voisine du dessous venue, toute frétillante de curiosité, inspecter les lieux et me présenter des condoléances émues. Déçue de ne pas me trouver aussi bouleversée qu’elle l’espérait, elle demande, en ouvrant de grands yeux empathiques : « mais pourquoi, pourquoi voulaient-ils entrer chez toi ? Pour te voler, tu crois ? ».

Attends, laisse-moi réfléchir.

« Non, non, pour me violer ».

 

« Prends soin de toi »

Anna&Co019

par Anna&Co

La première fois que quelqu’un m’a fait cette recommandation, j’étais encore étudiante, je n’avais pas vingt ans. Cela m’a déroutée, puis émue. Oui, nous ne nous reverrions sans doute plus, mais puisqu’il ne le ferait pas, je devais prendre soin de moi, à sa place. Cela comptait ; c’était important pour lui. Et par conséquent, important pour moi.

L’autre jour, au supermarché où je passe pas mal de temps à remplir mon chariot, entre autres, du chocolat préféré de l’un (blanc avec des noisettes entières), des gâteaux du goûter d’un autre, des ingrédients du couscous que je ferai pour le retour du troisième, je me disais que je prenais soin d’eux, mais aussi de moi, puisqu’ils me le rendaient si bien.

Et puis, au détour du rayon des produits de toilette, un homme accroupi lisait et relisait une liste de courses sans parvenir à se fixer sur la marque et le parfum d’un déodorant pour femme. En désespoir de cause, il se mit à en ouvrir un, vaporiser, sentir, secouer la tête, en tester un autre… La liste devait juste dire « Déo », entre « Pâtes » et « Lessive », et certainement guère plus, mais comment identifier celui qu’elle portait et qu’il (re) connaissait ? Et ainsi, ne pas la décevoir, ne pas se tromper… Le choix a duré un long moment mais je crois qu’il a trouvé.

Et là, je me suis demandé si le fait que quelqu’un prenne littéralement soin de vous, durant toute une vie, ou un bon bout de vie, ça la rallongeait, la vie. Si l’on vieillissait mieux, en meilleur état, en sentant ce regard concerné posé sur nous et en portant sur un être cher un regard identique en retour. Et peut-être bien que l’existence gardait du goût plus longtemps, de l’intérêt, de la valeur.

Je ne connais pas les chiffres, mais sûrement, oui.

J’en suis même intimement persuadée.

Alors, pendant que je finis mes courses, prenez soin de vous.


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