Des compromis pour un con promu

Pour des raisons obscures et médiocres que je ne te raconterai pas, sauf si tu insistes, il a été nommé directeur de service. La nouvelle a laissé sans voix l’ensemble du personnel de l’immeuble. Mais pourquoi ? Pourquoi ce con ?

On lui avait promis, parait-il.

Oui, mais à nouveau, je te le demande, pourquoi ? Il est quand même très con. Et même pas pro.

La seule qui a trouvé que cette promotion était une bonne idée, c’est la fille de la comptabilité, deuxième étage, bureau C209. Mais elle est elle-même particulièrement stupide. Et, accessoirement, la femme du con. Ceci explique cela, tu me diras. Je te rassure, ils n’ont pas d’enfant.

Quand tu es obligée de travailler sous les ordres d’un con, il faut faire des compromis. Sans arrêt. Des compromis avec ta conscience, avec ta franchise, avec ton bon sens. Lorsqu’il dit quelque chose de sot, et crois-moi c’est fréquent, tu fais des efforts démesurés pour effacer l’ironie dans tes yeux, le sourire moqueur sur tes lèvres, le haussement las de mépris de tes épaules.

Je sens que tu doutes, que tu veux un exemple, une illustration, une preuve. On ne peut pas être directeur dans une grosse entreprise du CAC 40 quand on est con, quand même ?

Si. On peut. Je te raconte.

Cette semaine, au cours de la réunion hebdomadaire de service qu’il nous inflige et où l’on va en traînant les pieds, il nous annonce une grande nouvelle. Enfin, grande, tu vas juger. Voilà que le service communication souhaite exfiltrer l’un de ses assistants parce qu’il boit. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Et face aux journalistes, ça se voit et ça cancane. Mais comme il élève seul ses deux enfants, la hiérarchie veut bien lui donner discrètement une seconde chance. « Qui est prêt à l’accueillir ? » a-t-elle demandé alentours.

Je te le donne en mille. Mon con, évidemment. « Moi, moi, moi » il a crié, pour se faire bien voir du directeur général. Donc il nous annonce officiellement l’arrivée du poivrot.

Et tu te dis qu’effectivement, c’est astucieux et discret, comme second départ, de claironner publiquement les motifs de la mutation dudit. Puis il nous regarde tous d’un air sévère et nous prévient : il sera très vigilant pour éviter la contagion alcoolique, toujours possible, au sein de l’équipe. Coups d’œil atterrés dans notre groupe de présumés picoleurs mais personne ne dit rien. Le compromis, toujours.

Alors pour détendre l’atmosphère, le con ajoute, réjoui : « et pour fêter son arrivée, j’organise un petit pot, demain 17 heures. J’apporterai le champagne ! »


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