La fête des voisins

L’autre jour, au bureau, j’ai reçu un appel masqué sur mon portable. En général, je ne réponds jamais dans ce cas, mais là, je ne sais pas pourquoi, j’ai pris machinalement la communication. Une voix d’homme m’a dit : « bonjour madame, c’est le centre de surveillance. Je vous informe que votre porte a été forcée et que l’alarme s’est déclenchée à 14h08 ». Comme on était le 1er avril, j’ai répondu : « elle est très marrante ta blague, Henri, mais j’ai du boulot ». Le type n’a pas ri, il a dit : « ce n’est pas Henri et vous devriez vraiment retourner chez vous, la police est déjà sur place ».

J’ai tout lâché, je suis rentrée. Et c’était vrai. En arrivant, j’ai trouvé un grand vigile de la compagnie de sécurité dans l’escalier, trois inspecteurs en civil à l’intérieur et une sirène hurlante qui s’entendait depuis la rue.

C’est mon premier cambriolage, il faut bien y passer un jour. Et encore, je m’en sors plutôt bien : l’alarme les a mis en fuite, ils n’ont pas eu le temps de tout cochonner et ils ont juste piqué les quelques trucs vaguement de valeur qui traînaient dans l’entrée. J’avais qu’à ranger mes affaires.

En revanche, je ne sais pas si je dois me sentir flattée mais ils se sont donné un mal de chien pour entrer chez moi. Il y a huit traces d’effraction réparties le long du vantail et, si la porte a bien résisté à la pesée, c’est le mur autour qui a lâché. Laissant des tas de gravats par terre, des blocs de pierre gros comme le poing, des débris de baguettes de bois, du plâtre, des longs clous tordus et des bouts de ferraille.

J’ai eu de la visite tout l’après-midi qui s’en est suivi. La police, trois fois : pour les premières constatations, puis pour l’enquête de voisinage, enfin pour les relevés d’empreintes par la brigade scientifique. Le serrurier, dépêché par ma compagnie d’assurance pour me bricoler, en catastrophe, une pseudo sécurisation des lieux, faite en gros avec des punaises et du scotch double-face. Et surtout, surtout, mes voisins.

Tous mes voisins. Un défilé ininterrompu de voisins.

Qui étaient chez eux mais n’ont rien entendu, c’est trop dommage, ils seraient intervenus sinon, bien sûr. Ni la chute des débris, qu’ils ont à peine remarquée, le bruit de papiers tombant au sol tout au plus. Ni l’alarme à décibels, qu’ils ont prise pour celle de l’ascenseur, que c’est bête.

Les mêmes qui me reprochent d’avoir joué du piano tout l’après-midi, alors que j’étais en mission à l’étranger ce jour-là.

Les mêmes qui viennent se plaindre, le lendemain des rares dîners que je donne, parce que je n’ai pas obligé mes invités à enlever leurs chaussures, lesquelles ont résonné horriblement sur le parquet quand ils sont enfin partis.

Les mêmes qui sonnent, furieux, en pyjama, à 20 heures, pour m’accuser d’utiliser une perceuse en peine nuit alors que je suis en train de mixer la soupe des enfants.

Et une mention spéciale pour la voisine du dessous venue, toute frétillante de curiosité, inspecter les lieux et me présenter des condoléances émues. Déçue de ne pas me trouver aussi bouleversée qu’elle l’espérait, elle demande, en ouvrant de grands yeux empathiques : « mais pourquoi, pourquoi voulaient-ils entrer chez toi ? Pour te voler, tu crois ? ».

Attends, laisse-moi réfléchir.

« Non, non, pour me violer ».

 


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