Le train éléctrique

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J’ai retrouvé l’autre jour en rangeant mon bureau, au fond d‘un tiroir, une petite photo carrée, aux couleurs passées. On y voit sur le tapis du salon de mon enfance, les rails rouges d’un petit train électrique, mon père agenouillé, en train de placer la locomotive et moi, à quelques jours de mon quatrième anniversaire, un sourire radieux comme on en a à « presque quatre ans », regardant l’objectif de ma mère. Je me souviens du petit pyjama et surtout de la robe-de-chambre-de–princesse offerte par ma grand-mère. Tout, tout, même les chaussons roses à peine enfilés, me replonge dans cette époque au bonheur fragile.

Les vacances de Noel étaient alors les plus belles, plus attendues encore que les grandes vacances, parce que la magie s’invitait, que l’air était subtilement électrique, que les gâteaux étaient plus gros, que la maison se faisait belle et maman aussi et que mon père semblait joyeux en choisissant le meilleur vin. Cette période n’a pas duré très longtemps. J’ai compris rapidement que la fête ne pouvait pas transformer le quotidien et que les blessures étaient trop profondes pour être cachées, même quelques heures, par les guirlandes électriques. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi je ne ressentais plus cette excitation à l’idée de la maison décorée, des cadeaux sous le sapin et de la jolie table. Je l’ai cherchée encore quelques années, mais il fallait bien s’y résoudre : Noel m’avait désertée.

J’ai grandi, j’ai eu des enfants, je continuais à passer Noel avec mes parents ; l’émerveillement des petits ré-enchantait les matins du 25 décembre. Et je faisais de mon mieux, sachant que le paradis était perdu pour moi, et bientôt pour eux.

Aujourd’hui, que mes parents ne sont plus là, que les enfants aussi s’en vont, une chose curieuse se produit. La « magie », je n’y crois plus, mais la bienveillance vient. Je sais que les Noël s’égrainent et qu’un jour ce sera le dernier, pour l’un, pour l’autre, puis que ce sera mon tour. Que lutter, ne sert à rien et que lâcher prise est surement la solution. Alors après-demain, je m’entourerai de ceux que j’aime et qui m’aiment, je ferai une jolie table et malgré toute la distance qui nous sépare, je donnerai la main à la petite fille agenouillée sur le tapis du salon, éperdument heureuse de son Noel et du train électrique offert par son papa.

Anna


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